Guerre en Ukraine : Kiev confirme mener des "actions offensives" et revendique des "succès" près de Bakhmout

June 05, 2023
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LE POINT SUR LA SITUATION - «Le secteur de Bakhmout reste l'épicentre des hostilités. Nous y avançons sur un front assez large», a indiqué la vice-ministre de la Défense, Ganna Maliar.

Accusation du groupe paramilitaire russe Wagner, envoyé du pape pour la paix attendue à Kiev, l'Ukraine qui revendique des «succès» près de Bakhmout, offensive ukrainienne «de grande envergure», poursuite des combats à Belgorod. Le Figaro fait le point lundi 5 juin sur la guerre en Ukraine.

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L'Ukraine revendique des «succès» près de Bakhmout

L'Ukraine a affirmé lundi gagner du terrain aux abords de la ville ravagée de Bakhmout, dans l'Est, mais a relativisé l'ampleur des «actions offensives» menées ailleurs sur le front. Ces opérations ont lieu à un moment où les autorités ukrainiennes disent préparer depuis des mois une vaste contre-offensive destinée à obliger les troupes russes à se retirer des zones qu'elles occupent. Elles ont cependant prévenu qu'elles ne révéleraient rien de leurs plans ni du calendrier de cette attaque. «L'opération défensive (de l'Ukraine) comprend des actions contre-offensives. Par conséquent, dans certains secteurs, nous menons des actions offensives», a simplement déclaré lundi la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Maliar.

Elle a aussi fait état, sans plus de précisions, de «combats mineurs» dans le Sud où les forces russes sont «sur la défensive». Ganna Maliar affirme que les forces ukrainiennes avancent en périphérie de Bakhmout «sur un front assez large» : «Nous remportons des succès et occupons les hauteurs dominantes». Cette avancée ukrainienne a été confirmée par le chef du groupe paramilitaire russe Wagner, Evguéni Prigojine, selon lequel «une partie de la localité de Berkhivka est déjà perdue», une «honte». Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a remercié lundi ses troupes pour ces gains territoriaux. «Nous voyons à quel point la Russie réagit de manière hystérique à toutes les avancées que nous faisons dans ce secteur, à toutes les positions que nous prenons. L'ennemi sait que l'Ukraine va gagner», a déclaré Volodymyr Zelensky dans un message vidéo.

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Moscou affirme contrer une vaste «offensive» ukrainienne, silence de Kiev

Le ministère russe de la Défense a quant à lui affirmé avoir contré depuis la matinée du 4 juin des attaques sur cinq secteurs du front «dans la direction sud de la région de Donetsk», située dans l'Est. Il a affirmé que les soldats russes avaient infligé des pertes importantes aux forces ukrainiennes aux abords de la localité de Neskoutchné, dans la région de Donetsk, et de celle de Novodarivka, juste à la frontière entre cette même région et celle plus méridionale de Zaporijjia.

De nouvelles «tentatives de percer les défenses russes» ont aussi lieu lundi après-midi près de la localité de Novodonetské, dans les environs de Vougledar, un point chaud récurrent du front dans le sud de la région de Donetsk. «L'ennemi n'a pas atteint ses objectifs», s'est félicité le ministère russe, diffusant des images de blindés en train d'être détruits. Selon lui, le chef d'état-major de l'armée russe et commandant des opérations en Ukraine, Valéri Guérassimov, «se trouvait pendant cette période à l'un des postes de commandement avancés dans cette direction».

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Evguéni Prigojine accuse une unité russe d'avoir attaqué ses hommes

Le chef de l'organisation paramilitaire Wagner a affirmé lundi avoir fait prisonnier un officier russe dont l'unité aurait attaqué ses hommes, une énième illustration des tensions qui règnent entre ce groupe armé et les forces régulières russes. «Le 17 mai, des hommes du ministère (russe) de la Défense ont été aperçus en train de procéder au minage de routes à l'arrière des positions des unités Wagner», a écrit Evguéni Prigojine, selon son service de presse, dans un rapport adressé à ce ministère. «Les combattants de Wagner qui ont procédé au déminage ont été attaqués par des tirs en provenance des positions du ministère de la Défense», d'après la même source.

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«Une enquête est en cours et plusieurs faits ne peuvent pas être rendus publics, mais je mets ici ce rapport initial et des preuves vidéo de ce qui s'est réellement passé là-bas», a dit Evguéni Prigojine, en conflit ouvert avec le commandement de l'armée régulière russe, dans un message audio accompagnant le texte. Le patron de Wagner a également diffusé la vidéo de l'interrogatoire d'un officier russe, fait prisonnier, qui se présente comme «commandant de la 72e brigade motorisée, le lieutenant-colonel Roman Vinevitenov». Dans cette vidéo, l'homme avoue «avoir attaqué» Wagner, ajoutant avoir agi «en état d'ébriété, guidé par une animosité personnelle».

Biden croise les doigts pour la contre-attaque ukrainienne

Le président Joe Biden a souhaité lundi du succès à la contre-offensive ukrainienne attendue contre l'armée russe, en croisant les doigts. Alors qu'il rencontrait la première ministre du Danemark Mette Frederiksen dans le Bureau ovale, le président américain a été interrogé par l'AFP sur les chances de succès de la contre-offensive planifiée par l'Ukraine. Joe Biden a répondu en levant silencieusement sa main et en croisant son index et son majeur. La vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Maliar, a déclaré lundi que l'Ukraine avait lancé une «opération défensive» qui «comprend des actions contre-offensives», sans préciser s'il s'agissait de la vaste contre-offensive préparée depuis des mois par Kiev.

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Combats à Belgorod

En outre, depuis deux semaines, les incursions et les bombardements se multiplient dans la région russe de Belgorod, frontalière de l'Ukraine, revendiqués par des combattants se présentant comme étant des Russes qui luttent aux côtés des Ukrainiens. Les frappes y ont fait plusieurs morts et des dizaines de blessés parmi les civils. Dans la dernière opération en date dimanche, l'un de ces groupes baptisé «Légion liberté de la Russie» a fait des prisonniers qui doivent être remis à Kiev. Une douzaine de détenus, dont deux blessés, sont visibles dans une vidéo.

C'est la première fois que des Russes sont capturés sur le territoire russe. Le gouverneur de Belgorod, Viatcheslav Gladkov, a même, chose exceptionnelle, évoqué de possibles négociations mais les combattants pro-ukrainiens ont assuré dans leur vidéo que ce responsable russe n'était pas allé au point de rendez-vous. Le ministère russe de la Défense n'a fait aucun commentaire, affirmant seulement avoir repoussé une nouvelle incursion dimanche. Les combats se sont concentrés ces derniers jours autour de Novaïa Tavoljanka et Chebekino, près de la frontière, forçant des milliers de civils à fuir vers Belgorod, la capitale régionale.

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Diffusion d'un faux discours de Poutine par des radios russes piratées

Plusieurs radios russes, victimes d'un «piratage», ont diffusé un faux discours du président Vladimir Poutine faisant état d'une «invasion» ukrainienne et annonçant la mise en place d'une loi martiale dans les régions frontalières de l'Ukraine, ont indiqué les autorités russes. Ce «discours» affirmant que «les forces ukrainiennes armées jusqu'aux dents (...) et soutenues par Washington ont envahi les régions de Koursk, Belgorod et Briansk», a été diffusé sur les ondes de plusieurs radios dans ces territoires frontaliers de l'Ukraine, selon les autorités locales. La voix et le ton ressemblaient beaucoup à ceux du président russe. Le même message, attribué à Vladimir Poutine et repris sur quelques réseaux sociaux, annonçait la mise en place de la loi martiale dans ces régions, la prochaine signature d'un décret présidentiel sur la mobilisation générale en Russie et appelait les habitants locaux à évacuer.

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Céréales ukrainiennes: les restrictions dans l'UE prolongées jusqu'au 15 septembre

Les restrictions imposées par cinq Etats de l'UE sur l'importation de céréales ukrainiennes pour protéger leurs agriculteurs pourront être prolongées jusqu'au 15 septembre, a annoncé lundi la Commission européenne, en dépit de l'opposition de Kiev et des résistances d'une partie des Vingt-Sept. Face à l'afflux de céréales importées qui saturent les silos et pèse sur les prix en Europe de l'Est, Bruxelles avait conclu fin avril avec cinq Etats (Pologne, Hongrie, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie) un accord leur permettant, jusqu'au 5 juin, de bloquer sur leur sol la commercialisation de blé, maïs, colza et tournesol ukrainiens, à condition qu'ils n'empêchent pas leur transit vers d'autres pays.

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L'envoyé du pape pour la paix attendu à Kiev où les combats font rage

L'envoyé du pape François pour la paix, le cardinal italien Matteo Zuppi, était attendu ce lundi et mardi à Kiev pour des entretiens avec les autorités du pays sur la guerre avec la Russie, a annoncé le Vatican dans un communiqué. Cette visite intervient alors que les forces russes ont affirmé avoir repoussé «une offensive de grande envergure» menée par l'armée ukrainienne.

«L'objectif principal de cette initiative est d'écouter attentivement les autorités ukrainiennes concernant les possibles moyens de parvenir à une paix juste et de soutenir les gestes humanitaires qui contribuent à alléger les tensions», précise le communiqué. Le pape François avait confié il y a 15 jours une mission de paix en Ukraine à Mgr Zuppi, issu de la communauté Sant'Egidio connue pour son travail au service de la diplomatie. Il avait demandé au cardinal Zuppi «d'aider à résoudre les tensions dans le conflit en Ukraine, avec l'espoir auquel le saint-père n'a jamais renoncé, que cela puisse ouvrir des chemins de paix», avait précisé le porte-parole du Vatican Matteo Bruni.

Source: Le Figaro